Sclérose en plaques : comprendre la maladie et accompagner le corps naturellement
Sclérose en plaques. SEP pour les intimes — si on peut appeler ça de l'intimité avec une maladie qu'on n'a pas choisie.
La sclérose en plaques est une affection neurologique. Plus précisément, c'est une maladie auto-immune démyélinisante. Ce terme un peu barbare signifie que le système immunitaire — censé nous protéger — se retourne contre la myéline, cette gaine qui entoure nos fibres nerveuses.
Imaginez la myéline comme l'isolant autour d'un câble électrique. Quand cet isolant s'abîme, le signal passe mal. Parfois il ralentit, parfois il se perd en chemin. Et c'est là que les symptômes apparaissent.
Deux formes de SEP, deux réalités différentes
La SEP ne se manifeste pas de la même façon chez tout le monde. On distingue principalement deux formes.
La forme rémittente (par poussées)
C'est la plus fréquente au début — environ 85% des cas. Elle arrive par vagues. Une poussée survient, parfois sans prévenir. Des symptômes apparaissent pendant quelques jours ou quelques semaines, puis ils s'atténuent, parfois jusqu'à disparaître presque complètement.
Entre deux poussées, la vie reprend son cours. On peut avoir des mois, parfois des années de répit. Et puis une nouvelle poussée arrive. C'est cette imprévisibilité qui est difficile à vivre. Ne jamais savoir quand.
La forme progressive
Ici, pas de poussées franches. Les symptômes s'installent progressivement et s'aggravent lentement avec le temps. C'est un chemin différent — plus linéaire, mais pas forcément plus simple à accepter.
Certaines personnes commencent par la forme rémittente et évoluent vers une forme progressive après plusieurs années. D'autres vivent avec une forme rémittente toute leur vie. Chaque parcours est unique.
Les symptômes : quand le corps envoie des signaux
Les symptômes de la SEP sont aussi variés que les personnes qui en souffrent. Ils dépendent de l'endroit où la myéline est touchée.
La fatigue — C'est souvent le symptôme le plus invalidant, et paradoxalement le moins visible. Une fatigue qui ne ressemble à rien de connu. Pas celle qu'on ressent après une mauvaise nuit. Une fatigue qui vous cloue, qui rend le moindre geste épuisant. Et comme elle ne se voit pas, elle est souvent incomprise par l'entourage.
Les troubles de la sensibilité — Fourmillements, engourdissements, sensations de brûlure ou de froid. Parfois une hypersensibilité au toucher. Le corps qui perçoit le monde différemment.
Les troubles moteurs — Faiblesse musculaire, difficultés à marcher, spasticité (raideur des muscles). Des gestes qui étaient automatiques deviennent compliqués.
Les troubles visuels — Vision floue, double, douleurs oculaires. La névrite optique est souvent l'un des premiers signes de la maladie.
Les troubles cognitifs — Difficultés de concentration, de mémoire, ralentissement de la pensée. Le fameux "brouillard" dont parlent beaucoup de patients.
Et tant d'autres : troubles urinaires, douleurs, problèmes d'équilibre, difficultés d'élocution...
Ce que dit la recherche : inflammation et microbiote
Ces dernières années, la recherche a beaucoup avancé sur la compréhension de la SEP. Et une piste retient particulièrement l'attention : le lien entre l'intestin et le système nerveux.
Une étude publiée dans Nature Communications (2022) a montré des différences significatives dans la composition du microbiote intestinal chez les personnes atteintes de SEP par rapport aux personnes en bonne santé. Certaines bactéries pro-inflammatoires étaient plus présentes, tandis que d'autres bactéries protectrices étaient moins nombreuses.
Ce n'est pas une cause directe — la SEP reste une maladie complexe avec de multiples facteurs. Mais ça ouvre des pistes. Si l'intestin influence l'inflammation systémique, alors ce qu'on mange pourrait jouer un rôle dans la gestion de la maladie.
D'autres recherches se penchent sur la vitamine D. Les pays les moins ensoleillés ont des taux de SEP plus élevés. Et les personnes atteintes de SEP présentent souvent des carences en vitamine D. Coïncidence ? Probablement pas.
Une méta-analyse publiée dans Multiple Sclerosis Journal (2018) a conclu qu'un taux plus élevé de vitamine D était associé à un risque réduit de poussées. Ce n'est pas un remède miracle, mais c'est un facteur sur lequel on peut agir.
L'alimentation : un levier qu'on sous-estime
Je ne vais pas vous dire que changer d'alimentation va guérir la SEP. Ce serait mentir, et ce serait irrespectueux envers la réalité de cette maladie.
Mais je peux vous dire ce que j'observe depuis des années : quand on prend soin de son alimentation, le corps répond. Pas forcément par une disparition des symptômes — mais par un mieux-être global, une fatigue un peu moins écrasante, une inflammation un peu plus contenue.
Réduire l'inflammation par l'assiette
Certains aliments favorisent l'inflammation. Les graisses trans (produits industriels, fritures), les sucres raffinés, les huiles végétales de mauvaise qualité. À l'inverse, d'autres aliments ont des propriétés anti-inflammatoires : les oméga-3 (poissons gras, graines de lin, noix), les légumes colorés riches en antioxydants, le curcuma, le gingembre.
Le Dr Terry Wahls, médecin américaine elle-même atteinte de SEP, a développé un protocole alimentaire qui a fait beaucoup parler. Elle est passée d'un fauteuil roulant à la marche — et même au vélo. Son approche ? Une alimentation riche en légumes (9 portions par jour), en protéines de qualité, en bonnes graisses, et sans gluten ni produits laitiers.
Ce n'est pas une preuve scientifique absolue. Mais c'est un témoignage qui interroge.
Prendre soin de son microbiote
Si l'intestin joue un rôle dans l'inflammation, alors nourrir ses bonnes bactéries a du sens. Les aliments fermentés (kéfir, légumes lacto-fermentés), les fibres prébiotiques (poireaux, oignons, ail, topinambours), les aliments non transformés.
Et éviter ce qui abîme la flore : les antibiotiques non nécessaires, les édulcorants artificiels, l'excès de sucre.
Le repos : pas un luxe, une nécessité
La fatigue de la SEP n'est pas de la paresse. Elle n'est pas "dans la tête". Elle est réelle, physiologique, liée à la maladie elle-même.
Apprendre à respecter cette fatigue, c'est peut-être l'un des plus grands défis. Dans une société qui valorise la performance et le "toujours plus", accepter de ralentir demande du courage.
Quelques pistes :
Écouter les signaux avant l'épuisement. Ne pas attendre d'être à plat pour se reposer. Fractionner les activités. Prévoir des temps de pause.
Protéger son sommeil. Le sommeil réparateur est précieux. Chambre fraîche, pas d'écrans avant de dormir, routine apaisante.
La sieste. 20 minutes en début d'après-midi peuvent changer la journée. Ce n'est pas une faiblesse.
Le froid et la chaleur. Beaucoup de personnes atteintes de SEP sont sensibles à la chaleur (phénomène d'Uhthoff). Connaître ses déclencheurs permet de les anticiper.
La naturopathie : un accompagnement, pas un remplacement
Soyons clairs : la naturopathie ne guérit pas la sclérose en plaques. Aucun naturopathe sérieux ne vous dira le contraire.
Mais elle peut accompagner. Soutenir. Aider le corps à mieux vivre avec la maladie.
Comment ? En travaillant sur le terrain. En identifiant les carences (vitamine D, magnésium, oméga-3...). En adaptant l'alimentation aux besoins spécifiques. En soutenant le système digestif et le microbiote. En aidant à gérer le stress, qui peut aggraver les symptômes.
C'est un travail de fond, patient, personnalisé. Ce n'est pas spectaculaire. Mais c'est un accompagnement qui fait sens quand la médecine conventionnelle gère l'urgence et les traitements de fond, mais pas toujours le quotidien.
Astuces et conseils au quotidien
Vivre avec la SEP demande des ajustements constants. Voici quelques conseils pratiques qui peuvent faciliter le quotidien.
Gestion de l'énergie
La fatigue de la SEP obéit à ses propres règles. Une astuce qui aide beaucoup : la méthode des "cuillères". Imaginez que vous disposez chaque matin d'un nombre limité de cuillères (unités d'énergie). Chaque activité en consomme un certain nombre. L'idée n'est pas de tout arrêter, mais de choisir consciemment comment dépenser ses cuillères.
Concrètement :
- Planifiez les tâches importantes le matin si c'est votre moment de forme
- Alternez activité et repos — même 10 minutes assise font une différence
- Apprenez à déléguer sans culpabilité
- Préparez vos repas en plus grande quantité pour avoir des réserves les jours difficiles
Bouger sans s'épuiser
L'activité physique n'est pas contre-indiquée dans la SEP — au contraire. Mais elle doit être adaptée.
Le yoga doux, le Pilates, la marche, la natation (en eau pas trop chaude) sont souvent bien tolérés. L'essentiel est de rester à l'écoute. Si un exercice aggrave les symptômes dans les heures qui suivent, ce n'est pas le bon.
Un kinésithérapeute formé à la SEP peut proposer des exercices personnalisés. C'est un allié précieux.
Gérer la chaleur
Le phénomène d'Uhthoff — l'aggravation temporaire des symptômes avec la chaleur — touche beaucoup de personnes atteintes de SEP.
Quelques astuces :
- Porter des vêtements respirants et clairs en été
- Utiliser un brumisateur ou un linge humide sur la nuque
- Éviter les bains chauds — préférer une eau tiède
- Climatiser les espaces de vie quand c'est possible
- Planifier les sorties tôt le matin ou en fin de journée en été
Préserver ses fonctions cognitives
Le brouillard mental de la SEP est frustrant. Quelques stratégies d'adaptation :
- Noter les choses importantes (agenda, listes, applications de rappel)
- Faire une chose à la fois — le multitâche aggrave la confusion
- Simplifier l'environnement pour réduire les distractions
- Stimuler le cerveau avec des activités qui plaisent (lecture, jeux, musique, langues...)
- Le sommeil de qualité est crucial pour la cognition
Prendre soin de ses intestins
Beaucoup de personnes atteintes de SEP souffrent de troubles digestifs — constipation, ballonnements, inconfort. L'axe intestin-cerveau n'est pas un mythe.
Conseils pratiques :
- Boire suffisamment d'eau tout au long de la journée
- Manger des fibres douces (légumes cuits, fruits mûrs)
- Intégrer des aliments fermentés si bien tolérés
- Mâcher lentement — la digestion commence dans la bouche
- Le ventre n'aime pas le stress : des exercices de respiration avant les repas peuvent aider
Recette anti-inflammatoire : Bowl doré réconfortant
Cette recette combine des aliments aux propriétés anti-inflammatoires reconnues. Elle est facile à préparer (même les jours de fatigue) et peut se faire en plus grande quantité.
Ingrédients (pour 2 personnes)
- 150 g de riz basmati complet (ou quinoa)
- 200 g de patate douce
- 1 poignée d'épinards frais
- 1 avocat mûr
- 150 g de saumon (frais ou en conserve) ou pois chiches pour une version végétarienne
- 2 c. à soupe d'huile d'olive vierge extra
- 1 c. à café de curcuma en poudre
- 1/2 c. à café de gingembre frais râpé
- Jus d'un demi-citron
- Graines de sésame
- Sel, poivre noir fraîchement moulu
Préparation
- Cuire le riz selon les instructions du paquet.
- Éplucher la patate douce et la couper en cubes. La faire rôtir au four à 200°C pendant 25 minutes avec un filet d'huile d'olive et le curcuma. Remuer à mi-cuisson.
- Si vous utilisez du saumon frais, le cuire à la vapeur ou à la poêle avec un peu d'huile d'olive (5 minutes de chaque côté). Le saumon en conserve s'utilise directement.
- Préparer la sauce : mélanger 1 c. à soupe d'huile d'olive, le jus de citron, le gingembre râpé, une pincée de sel et de poivre noir.
- Assembler le bowl : disposer le riz dans un bol, ajouter les épinards frais, la patate douce rôtie, le saumon émietté, l'avocat en tranches.
- Arroser de sauce, parsemer de graines de sésame.
Pourquoi cette recette ?
- Curcuma + poivre noir : Le curcuma est l'un des anti-inflammatoires naturels les plus étudiés. Le poivre noir multiplie son absorption par 20.
- Oméga-3 du saumon : Les acides gras oméga-3 ont montré des effets bénéfiques sur l'inflammation et la santé neurologique.
- Patate douce : Riche en bêta-carotène et en fibres, elle nourrit le microbiote.
- Avocat : Source de bonnes graisses et de vitamine E.
- Épinards : Magnésium, fer, vitamines — sans fatiguer la digestion.
Cette recette se conserve 2 jours au réfrigérateur. Les jours difficiles, il suffit de réchauffer le riz et la patate douce, d'ajouter les éléments frais.
À celles et ceux qui vivent avec la SEP
Si vous lisez cet article parce que vous êtes concernée — directement ou pour un proche — je voulais vous dire quelque chose.
Cette maladie est injuste. Elle est imprévisible. Elle bouscule les projets, les certitudes, l'image de soi. Et personne ne peut vraiment comprendre ce que c'est si on ne le vit pas de l'intérieur.
Mais vous n'êtes pas votre maladie. Vous êtes une personne qui vit avec une maladie. Ce n'est pas la même chose.
Et même si on ne peut pas tout contrôler — loin de là — il y a des choses sur lesquelles vous avez la main. Ce que vous mangez. Comment vous vous reposez. Les personnes dont vous vous entourez. La façon dont vous vous parlez à vous-même.
Ces petites choses ne vont pas tout changer. Mais elles peuvent rendre le quotidien un peu plus doux. Et parfois, c'est déjà beaucoup.
Prends soin de toi.
Note : Cet article a une visée informative. Il ne remplace en aucun cas un suivi médical spécialisé. La sclérose en plaques nécessite une prise en charge par un neurologue. La naturopathie intervient en complément, jamais en substitution des traitements prescrits.
Sources :
- Jangi S. et al., "Alterations of the human gut microbiome in multiple sclerosis", Nature Communications, 2016
- Munger K.L. et al., "Vitamin D and risk of MS: a Mendelian randomization study", Neurology, 2017
- Simpson S. et al., "Higher 25-hydroxyvitamin D is associated with lower relapse risk in MS", Multiple Sclerosis Journal, 2018
- Wahls T., "The Wahls Protocol", Avery Publishing, 2014
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